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mardi 11 décembre 2018

Fascinante méditation spleenétique sur le deuil


L’avis de Mediafilm

Cette méditation spleenétique sur le deuil et le renoncement semble issue de deux mondes. Soit l'Amérique du Nord, pour les paysages urbains enneigés et les codes du western moderne qu'elle exploite (on pense à Jarmush). Et l'Europe, ce dont atteste sa narration décalée et sa grammaire hachée menu selon l'usage de la Nouvelle Vague. Résultat: un exercice de style à la fois familier et exotique, tourné avec trois bouts de ficelle, qui révèle la signature singulière du Néo-Québécois Noël Mitrani. D'entrée de jeu, le scénario signale, sans le dire explicitement, que l'action se partage entre l'éveil et le sommeil. Cela dit, au mitant du film, Mitrani a déjà épuisé tout son crédit, et le récit s'étiole. Quelques développements forcés plus loin, on se prend à étudier, comme pour passer le temps, le parti pris de la mise en scène, modeste, inductrice d'un climat insolite, hostile aux gros plans et à la lumière du soleil. Non sans continuer à admirer Laurent Lucas (LEMMING), un grand acteur qui possède un masque intense et mystérieux rappelant celui d'un Charles Bronson.
Texte : Martin Bilodeau

Drame de Noël Mitrani avec Laurent Lucas, Pierre-Luc Brillant, Emmanuel Bilodeau. Ruiné et solitaire, un ex-footballeur français devenu cambrioleur à Montréal accepte de commettre un meurtre en échange d'une forte somme. Fascinante méditation spleenétique sur le deuil et le renoncement. Quelques développements forcés. Réalisation modeste, attentive au climat. Interprétation retenue. (sortie en salle: 19 janvier 2007)

 Entre deux cambriolages nocturnes avec son complice Michel, Jean-Marc erre, un ballon à la main, dans les rues et ruelles enneigées de Montréal. Son présent, humble et solitaire, contraste avec son passé de riche footballeur-vedette de l'équipe française, et son histoire d'amour tumultueuse avec une Québécoise aujourd'hui décédée, à qui il rend régulièrement visite en rêve. Un soir, une jeune femme, blessée par un mystérieux assaillant, vient trouver refuge, et éventuellement la mort, dans son appartement. Par peur d'attirer l'attention, Jean-Marc, qui vient de donner son accord pour abattre un soi-disant mafieux italo-russe en échange d'une forte somme, cache le corps de la victime dans un terrain vague.



samedi 3 février 2018

Montréal rend hommage aux 5 films qui font partie de son identité

La vie heureuse de Léopold Z (1965) de Gilles Carle

Noël et Juliette (1973) de Michel Bouchard

Au clair de la lune (1983) d’André Forcier

Rafales (1990) d’André Melançon

ET

Sur la trace d’Igor Rizzi (2006) de Noël Mitrani

Un immigrant français ruiné, en deuil de sa blonde québécoise, arpente les rues enneigées de Montréal. Prix du Meilleur premier film canadien, ce long métrage révèle des images inédites et souvent grandioses de la métropole drapée de blanc. Le beau Laurent Lucas y tient la vedette.

http://ville.montreal.qc.ca/anous/articles/notre-hiver-au-grand-ecran
http://ville.montreal.qc.ca/anous/en/articles/our-winter-big-screen

vendredi 8 septembre 2017

SUR LA TRACE D’IGOR RIZZI dans le dictionnaire des films de Jean Tulard

SUR LA TRACE D’IGOR RIZZI ٭٭
(Can., 2006) R., Sc. : Noël Mitrani ; Ph. : Christophe Debraize-Bois ; Pr. : Noël Mitrani, Pascal Maeder ; Int. Laurent Lucas (Jean-Marc Thomas), Pierre-Luc Brillant (Michel), Isabelle Blais (Mélanie), Emmanuel Bilodeau (Gilbert McCoy). Couleurs, 91min.

            Jean-Marc Thomas, un ancien footballeur, habite maintenant au Canada dans le souvenir de Mélanie, un amour perdu. Ruiné, il se laisse entraîner par son copain Michel dans de minables cambriolages  –  jusqu’au jour où on lui propose un contrat plus important : éliminer un certain Igor Rizzi. Le problème, c’est qu’il n’a jamais tué personne et qu’il ne sait même pas se servir d’une arme ! Il accepte néanmoins. C’est alors qu’il se retrouve avec un cadavre sur les bras (crime dont il est innoncent) et que la police (?) vient d’enquêter…

            Un film dans la tradition du thriller avec tueur à gages et cadavres à la clé, aux images sombres et presque charbonneuses malgré la neige et cet hiver canadien. Mais il s’agit bien d’un film noir, c’est surtout son humour distancié qui est noir. En de longues séquences, avec maints détails incongrus, le réalisateur propose un portrait original et inattendu d’un bras cassé de la criminalité. Laurent Lucas, le visage barré d’une épaisse moustache, très pince-sans-rire, est étonnant dans son interprétation « à froid ». Un film décalé et surprenant, plus drôle qu’inquiétant.
-Claude Bouniq-Mercier : C.B.M.

Jean Tulard, Le nouveau Guide des Films, TOME 4, Éditions Robert Laffont, 2010, p. 504.

vendredi 4 août 2017

Un froid intérieur éloquent


20 janvier 2007 |Odile Tremblay | Le Devoir
Que le film ait été réalisé à compte d'auteur, n'obtenant un coup de pouce institutionnel qu'à l'heure de la postproduction, n'est pas anecdotique. Au moment où la quête effrénée de recettes au guichet pousse plusieurs cinéastes sur la route des concessions, Noël Mitrani, Français établi au Québec, a décidé de faire son premier long métrage sans rendre de comptes à âme qui vive. Bien lui en prit, puisque Sur la trace d'Igor Rizzi a remporté le prix du meilleur premier film canadien au Festival de Toronto, après passage par la Mostra de Venise.

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Sur la trace d'Igor Rizzi

Réalisation et scénario: Noël Mitrani. Avec Laurent Lucas, Pierre-Luc Brillant, Emmanuel Bilodeau, Isabelle Blais. Image: Christophe Debraize-Blois. Montage: Denis Parrot.

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Ce très beau film, dont la matrice artisanale n'est pourtant pas absente, possède une vraie grâce. En tournant l'hiver dernier, Mitrani a su montrer mieux qu'un Québécois aux yeux blasés par l'habitude la poésie de la neige et du froid; ici, métaphores des ailleurs psychologiques où le héros s'est exilé et de son froid intérieur. Il faut remonter à Jutra (Mon oncle Antoine, Kamouraska) et à Carle (La Vie heureuse de Léopold Z.) pour retrouver dans notre septième art une neige aussi éloquente et aussi inspirée.

L'histoire capte la dérive d'un ancien footballeur français (Laurent Lucas), désormais déchu, qui après la mort de sa femme québécoise, ployant sous les remords, s'installe à Montréal pour étreindre son fantôme en égarant peu à peu ses repères. La beauté de la trame musicale, dominée par la magnifique ballade Wayfaring Stranger sous diverses interprétations, dont celle de Burl Ives, ajoute à l'atmosphère western du film. La voix hors champ des confessions et des souvenirs de gloire ou de douleur hante la narration, en superposant passé et présent jusqu'au blocage.

Laurent Lucas, le brillant acteur français de Haut les coeurs!, de Lemming, de La Nouvelle Ève, désormais établi à Montréal, méconnaissable sous une moustache ridicule, plonge dans le blues du film avec une rare profondeur, épousant le chaos de cette âme perdue. Son personnage vit à la petite semaine dans un appartement minable avec un colocataire qui a tâté du crime (Pierre-Luc Brillant, volontairement tout d'un bloc) et l'entraîne à vouloir exécuter un certain Igor Rizzi.

Montréal, souvent presque désert, se voit montré sous des angles insolites et merveilleux. La tour de l'Horloge, le pont Jacques-Cartier, les escaliers, entrepôts et ruelles, à travers le regard décalé d'un étranger, gagnent une poésie soudain exotique. Cette caméra de Christophe Debraize-Blois, inquiète, fragile, jamais assouvie, en perpétuelle découverte, s'allie au thème sans jamais le trahir ni l'appuyer.

La figure d'un truand cantonné à sa ruelle, incarné par Pierre Lebeau dans un capot de chat à l'ancienne, ajoute encore à l'univers dangereux et mythique de «la frontière», no man's land de l'Ouest américain, ici appliqué à Montréal, devenu territoire de la zone où les antihéros se perdent et parfois se retrouvent. Une femme assassinée par hasard chez le héros, bientôt jetée au royaume des glaces, dans un froid polaire perceptible, fait basculer l'intrigue du côté des apaisements à atteindre.

Poème de rédemption, Sur la trace d'Igor Rizzi, où les fantômes sont aussi présents que les vivants — celui de l'épouse disparue, campé par Isabelle Blais, se matérialise souvent —, est une oeuvre qui porte la marque d'un cinéaste doté d'une vraie vision. On le suivra avec hâte sur le chemin de ces vibrantes promesses.

http://www.ledevoir.com/culture/cinema/128018/un-froid-interieur-eloquent