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samedi 3 février 2018

Montréal rend hommage aux 5 films qui font partie de son identité

La vie heureuse de Léopold Z (1965) de Gilles Carle

Noël et Juliette (1973) de Michel Bouchard

Au clair de la lune (1983) d’André Forcier

Rafales (1990) d’André Melançon

ET

Sur la trace d’Igor Rizzi (2006) de Noël Mitrani

Un immigrant français ruiné, en deuil de sa blonde québécoise, arpente les rues enneigées de Montréal. Prix du Meilleur premier film canadien, ce long métrage révèle des images inédites et souvent grandioses de la métropole drapée de blanc. Le beau Laurent Lucas y tient la vedette.

http://ville.montreal.qc.ca/anous/articles/notre-hiver-au-grand-ecran
http://ville.montreal.qc.ca/anous/en/articles/our-winter-big-screen

vendredi 8 septembre 2017

SUR LA TRACE D’IGOR RIZZI dans le dictionnaire des films de Jean Tulard

SUR LA TRACE D’IGOR RIZZI ٭٭
(Can., 2006) R., Sc. : Noël Mitrani ; Ph. : Christophe Debraize-Bois ; Pr. : Noël Mitrani, Pascal Maeder ; Int. Laurent Lucas (Jean-Marc Thomas), Pierre-Luc Brillant (Michel), Isabelle Blais (Mélanie), Emmanuel Bilodeau (Gilbert McCoy). Couleurs, 91min.

            Jean-Marc Thomas, un ancien footballeur, habite maintenant au Canada dans le souvenir de Mélanie, un amour perdu. Ruiné, il se laisse entraîner par son copain Michel dans de minables cambriolages  –  jusqu’au jour où on lui propose un contrat plus important : éliminer un certain Igor Rizzi. Le problème, c’est qu’il n’a jamais tué personne et qu’il ne sait même pas se servir d’une arme ! Il accepte néanmoins. C’est alors qu’il se retrouve avec un cadavre sur les bras (crime dont il est innoncent) et que la police (?) vient d’enquêter…

            Un film dans la tradition du thriller avec tueur à gages et cadavres à la clé, aux images sombres et presque charbonneuses malgré la neige et cet hiver canadien. Mais il s’agit bien d’un film noir, c’est surtout son humour distancié qui est noir. En de longues séquences, avec maints détails incongrus, le réalisateur propose un portrait original et inattendu d’un bras cassé de la criminalité. Laurent Lucas, le visage barré d’une épaisse moustache, très pince-sans-rire, est étonnant dans son interprétation « à froid ». Un film décalé et surprenant, plus drôle qu’inquiétant.
-Claude Bouniq-Mercier : C.B.M.

Jean Tulard, Le nouveau Guide des Films, TOME 4, Éditions Robert Laffont, 2010, p. 504.

vendredi 4 août 2017

Un froid intérieur éloquent


20 janvier 2007 |Odile Tremblay | Le Devoir
Que le film ait été réalisé à compte d'auteur, n'obtenant un coup de pouce institutionnel qu'à l'heure de la postproduction, n'est pas anecdotique. Au moment où la quête effrénée de recettes au guichet pousse plusieurs cinéastes sur la route des concessions, Noël Mitrani, Français établi au Québec, a décidé de faire son premier long métrage sans rendre de comptes à âme qui vive. Bien lui en prit, puisque Sur la trace d'Igor Rizzi a remporté le prix du meilleur premier film canadien au Festival de Toronto, après passage par la Mostra de Venise.

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Sur la trace d'Igor Rizzi

Réalisation et scénario: Noël Mitrani. Avec Laurent Lucas, Pierre-Luc Brillant, Emmanuel Bilodeau, Isabelle Blais. Image: Christophe Debraize-Blois. Montage: Denis Parrot.

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Ce très beau film, dont la matrice artisanale n'est pourtant pas absente, possède une vraie grâce. En tournant l'hiver dernier, Mitrani a su montrer mieux qu'un Québécois aux yeux blasés par l'habitude la poésie de la neige et du froid; ici, métaphores des ailleurs psychologiques où le héros s'est exilé et de son froid intérieur. Il faut remonter à Jutra (Mon oncle Antoine, Kamouraska) et à Carle (La Vie heureuse de Léopold Z.) pour retrouver dans notre septième art une neige aussi éloquente et aussi inspirée.

L'histoire capte la dérive d'un ancien footballeur français (Laurent Lucas), désormais déchu, qui après la mort de sa femme québécoise, ployant sous les remords, s'installe à Montréal pour étreindre son fantôme en égarant peu à peu ses repères. La beauté de la trame musicale, dominée par la magnifique ballade Wayfaring Stranger sous diverses interprétations, dont celle de Burl Ives, ajoute à l'atmosphère western du film. La voix hors champ des confessions et des souvenirs de gloire ou de douleur hante la narration, en superposant passé et présent jusqu'au blocage.

Laurent Lucas, le brillant acteur français de Haut les coeurs!, de Lemming, de La Nouvelle Ève, désormais établi à Montréal, méconnaissable sous une moustache ridicule, plonge dans le blues du film avec une rare profondeur, épousant le chaos de cette âme perdue. Son personnage vit à la petite semaine dans un appartement minable avec un colocataire qui a tâté du crime (Pierre-Luc Brillant, volontairement tout d'un bloc) et l'entraîne à vouloir exécuter un certain Igor Rizzi.

Montréal, souvent presque désert, se voit montré sous des angles insolites et merveilleux. La tour de l'Horloge, le pont Jacques-Cartier, les escaliers, entrepôts et ruelles, à travers le regard décalé d'un étranger, gagnent une poésie soudain exotique. Cette caméra de Christophe Debraize-Blois, inquiète, fragile, jamais assouvie, en perpétuelle découverte, s'allie au thème sans jamais le trahir ni l'appuyer.

La figure d'un truand cantonné à sa ruelle, incarné par Pierre Lebeau dans un capot de chat à l'ancienne, ajoute encore à l'univers dangereux et mythique de «la frontière», no man's land de l'Ouest américain, ici appliqué à Montréal, devenu territoire de la zone où les antihéros se perdent et parfois se retrouvent. Une femme assassinée par hasard chez le héros, bientôt jetée au royaume des glaces, dans un froid polaire perceptible, fait basculer l'intrigue du côté des apaisements à atteindre.

Poème de rédemption, Sur la trace d'Igor Rizzi, où les fantômes sont aussi présents que les vivants — celui de l'épouse disparue, campé par Isabelle Blais, se matérialise souvent —, est une oeuvre qui porte la marque d'un cinéaste doté d'une vraie vision. On le suivra avec hâte sur le chemin de ces vibrantes promesses.

http://www.ledevoir.com/culture/cinema/128018/un-froid-interieur-eloquent

lundi 4 janvier 2016

Séquences rend hommage au film Sur la trace d'Igor Rizzi

Charles-Henri Ramond rend hommage au film Sur la trace d'Igor Rizzi dans Séquences (hiver 2015).
La revue Séquences, qui fête ses 60 ans, rend hommage au film Sur la trace d'Igor Rizzi de Noël Mitrani en le désignant comme l'un des meilleurs films québécois de ces 10 dernières années.

Sur la trace d’Igor Rizzi 

Les démons de Jean-Marc

Charles-Henri Ramond


Sélectionné par la Mostra de Venise – alors même qu’au Québec on ignorait tout de son existence – et choisi par le TIFF comme Meilleur premier film canadien, Sur la trace d’Igor Rizzi de Noël Mitrani est emblématique d’une frange non négligeable d’un certain cinéma québécois, arborant fièrement son artisanat et ses choix artistiques dénués de contraintes. À l’occasion de ce dernier tour d’horizon des soixante dernières années de Séquences, nous souhaitions vous le faire redécouvrir.

Au loin, sous le pont Jacques-Cartier, un type pousse un ballon rouge dans la neige. Sa voix au ton monocorde évoque une brillante carrière de footballeur professionnel en France et détaille les raisons de son échouage à Montréal. Floué par un conseiller financier à qui il avait confié toute sa fortune, Jean-Marc se retrouve ruiné. Pendant ce temps, à l’image, on le voit commettre un vol dans un appartement avec Michel, son complice. Une balade dans une vieille Oldsmobile Cutlass (un personnage en soi, qui est d’ailleurs cité au générique) et, quelques instants plus tard, le décompte du maigre butin qui servira à survivre en attendant mieux. Alternant avec l’action se déroulant à l’écran, la voix hors-champ continue les présentations en relatant les amours tragiques de Jean-Marc avec Mélanie, Québécoise rencontrée en France.

Voilà en quelques lignes un premier quart d’heure d’une savoureuse originalité, qui nous permet d’entrer de plain-pied dans un univers visuel et narratif fortement évocateur. Le cinéaste, né à Toronto de parents français et qui a travaillé pendant de nombreuses années en France, puise dans son statut une force d’évocation hors du commun et repose son imaginaire sur le choc des cultures. Premier film de Mitrani en sol canadien, Sur la trace d’Igor Rizzi exploite l’émerveillement de l’immigrant dans sa façon de montrer sa ville d’accueil. On y retrouve les hivers remplis de neige, les vastes espaces désertiques, les ruelles glissantes du centre ville ou les parcs urbains qui font le charme des quartiers résidentiels. Cette carte postale de Montréal s’agrémente du déracinement (Laurent Lucas, le comédien et complice de Mitrani, est lui aussi d’origine française), permettant ainsi de bâtir un imaginaire haut en couleurs. Manteau de poils style trappeur et chapeau de castor pour le commanditaire du meurtre, omniprésence de la voie ferrée, trame sonore aux tonalités nostalgiques du bluegrass, autant d’éléments qui convoquent le western moderne. Mitrani ne s’engage toutefois pas dans le sillon des films de Far West et encore moins dans celui du thriller psychologique (il s’y essaiera avec moins de réussite dans The Kate Logan Affair, son second film).

Visiblement fasciné par l’américanité toute spécifique à Montréal, Mitrani choisit d’en montrer l’absurdité et de la tourner en dérision. Jean-Marc n’hésite pas, puisqu’il le faut, à tuer pour survivre. En échange d’une forte somme, malgré son bon cœur, ce sympathique loser s’est résigné à faire la peau d’un certain Igor Rizzi, immigrant d’origine italienne. « La vie d’Igor Rizzi contre mon loyer, ma nourriture, ma facture d’électricité. » Le film s’engage alors dans un chemin plus sinueux menant vers un univers onirique peuplé de personnages pour le moins grotesques. Une morte inconnue, un faux flic qui se joue de lui sont autant de rappels à la vie qui finiront par faire sortir Jean-Marc de sa torpeur hivernale.

Sa rédemption passera par les visions en rêve de sa chère Mélanie. Incarné par une Isabelle Blais rayonnante, cet amour perdu deviendra, lors d’une courte scène filmée de nuit sur le Mont Royal, la raison d’être de sa reconquête. Ses démons derrière lui, Jean-Marc quitte enfin la ruelle et arpente les trottoirs de la grande rue. On retrouvera d'ailleurs des traces de ce personnage résolu à en découdre avec son passé dans Le Militaire, troisième film de Mitrani, réalisé en 2013 mais non distribué commercialement. À la fois comédie satirique et ode gracieuse à l'hiver montréalais, Sur la trace d'Igor Rizzi possède une indéniable personnalité qui en fait l'une des productions québécoises les plus originales de ces dix dernières années.

Séquences : la revue de cinéma, Numéro 299, novembre 2015, p. 46



http://id.erudit.org/iderudit/80382ac