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samedi 24 mai 2014

Entretien avec le réalisateur Noël Mitrani (23 mai 2014)

Vous avez tourné Sur la trace d'Igor Rizzi en 2006, vous veniez d'arriver au Québec. 

Oui, après avoir vécu trente ans en France, je regrette d'avoir perdu tant d'années de ma vie dans ce pays qui ne me convenait pas. Quand on a tourné en février, c'était mon premier hiver à Montréal et tout était nouveau pour moi à ce moment-là. J'étais émerveillé par tout ce que je voyais, la neige, les bâtiments dans le style Far West, les ruelles à l'américaine, une ville qui respirait et que j'avais envie de filmer sous toutes ses coutures. Après des années de déception à Paris, j'avais subitement l'impression que les choses devenaient faisables, une vie nouvelle s'ouvrait pour moi et mon premier film est imprégné de ce sentiment unique que j'avais dans la tête.  

En arrivant à Montréal, vous aviez un projet de film dont l'histoire se passait dans un chalet des Laurentides. 

Oui, c'était très stéréotypé, dans la continuité de l'idée qu'on se fait du Canada depuis la France, le film ne s'est pas fait mais j'aurais peut-être pu en faire quelque chose de bien. 

Marie Laforêt avait donné son accord pour jouer dedans.  

Oui, je l'avais rencontré quelques fois à Paris chez elle, un vrai personnage à la Greta Garbo, je regrette qu'on n'ait pas travaillé ensemble. Ruquier l'avait invité sur son plateau pendant Cannes et lui avait fait parler du projet qu'elle avait avec moi, c'était assez surréaliste comme impression, on évoquait mon nom à une heure de grande écoute, c'était un peu comme si le film existait déjà, j'en avais d'ailleurs ressenti un certain malaise.  

Ce projet, vous l'aviez écrit en France? 

Oui, ça s'appelait De Plein fouet, j'en avais écrit au moins dix versions au gré des divers producteurs qui m'avaient mené en bateau. C'était un thriller sur fond de conflit familial, ça fonctionnait bien, mais cette histoire était très marquée dans son état d'esprit par ma vie parisienne, les personnages baignaient dans le rapport de force, le reproche et l'insulte, une approche des relations que j'ai laissé derrière moi depuis que j'habite au Canada. Helena Noguera, Xavier Gallais, qui était un comédien de théâtre très prometteur, et surtout Laurent Lucas devaient jouer dedans. 

Laurent Lucas, qui allait être si important dans votre vie, comment l'avez-vous rencontré?

Quand on a monté le projet en 2003, on a cherché un acteur pour le rôle principal et c'est là que je l'ai connu, par l'intermédiaire d'un certain Pierre Hagnauer, un oiseau de nuit qui connaissait le tout Paris. Pierre avait été engagé par la production pour nous faire des propositions, je le revois encore tournant les pages de son catalogue d'acteurs jusqu'à ce qu'on arrive à la fiche de Laurent Lucas. J'ai tout de suite flashé en le voyant. Et ironie de la situation, Laurent était un des rares acteurs que Pierre n'avait jamais croisé, il avait juste pensé à lui car il le trouvait approprié pour le rôle, mais enfin il avait tout de même réussi à lui mettre la main dessus.
  
À ce moment-là, Laurent Lucas, vous le connaissiez ?

Oui un peu, je l'avais vu dans Harry, un ami qui vous veut du bien et Hauts-les-cœurs. Son regard intense et son jeu en retenue m'impressionnaient. Pierre a organisé une rencontre à la production et on a très vite sympathisés. Laurent m'intimidait car il était un des représentants du cinéma d'auteur français, un milieu qui m'était complètement étranger et que je regardais à distance avec un certain complexe en me disant que je ne ferai jamais partie des leurs. Laurent m'a dit qu'il vivait au Québec, je lui ai dit que j'étais né à Toronto et que j'avais dans l'idée d'aller m'installer à Montréal, il m'a encouragé à le faire, ce que j'ai fait quelques temps plus tard.

Pourquoi ce film De Plein Fouet ne s'est-il pas fait?

En France je n'avais pas de contacts sérieux pour monter le projet, j'avançais avec l'énergie du désespoir, surtout du désespoir, je n'avais aucuns pistons, aucune entrée au CNC, j'avais réalisé quelques courts-métrages remarqués qui étaient passés sur Canal + et France 3, mais j'avais sans cesse affaire à des producteurs médiocres qui me faisaient perdre mon temps et me déprimaient. Finalement, l'un d'eux avait une connexion avec une production québécoise et on a tenté une coproduction qui a fini par échouer. Mais l'essentiel était ailleurs, tout ça m'a conduit à Montréal et au bout du compte j'ai changé de vie grâce à ce projet qui ne s'est pas fait. 

Donc vous aviez écrit le scénario de Sur la trace d'Igor Rizzi en peu de temps.

Oui en un mois et puis après je l'ai perfectionné petit à petit. Quand on n'a pas un producteur sur le dos pour nous martyriser on écrit très vite, Woody Allen écrit ses films en 15 jours/trois semaines. Quand on passe des mois sur un scénario c'est rarement pour l'améliorer, c'est surtout pour le formater, lui retirer sa fraicheur et essayer de satisfaire l'égo de ceux qui le financent. 

Je crois que le scénario faisait moins de 50 pages. 

Oui c'est bien suffisant, quand on est son propre producteur on n'a pas besoin de gonfler le scénario avec des indications superflues. Mon dernier film Le Militaire, que j'ai aussi produit, faisait à peine 40 pages, par contre L'Affaire Kate Logan que je n'ai pas produit faisait plus de 100 pages... En général, mes scénarios sont courts car j'essaye le plus possible de condenser les scènes pour en faire ressortir la substance utile, plus une scène est chargée en écriture plus elle est noyée. 

Après l'échec de De Plein fouet, aviez-vous été tenté d'abandonner le cinéma?

Oh oui j'étais accablé par tous ces projets avortés que je trimballais derrière moi ! À ce moment-là j'ai bien cru que je ne ferai jamais un long-métrage dans ma vie. Mais en même temps je venais de changer de pays et je me disais qu'il fallait que j'en profite pour trouver une nouvelle dynamique dans ma façon de faire les choses. Et comme j'avais atteint mon point de saturation avec les producteurs, j'ai donc décidé de produire moi-même un film en utilisant mon argent personnel. 

Une fois que vous aviez décidé de le produire, dans quel état d'esprit étiez-vous pour écrire le scénario?

J'étais très inspiré, très motivé, ma préoccupation était d'écrire au plus près de mes sentiments, sans mauvaises raisons. Le fait d'être producteur m'a enlevé un poids considérable, j'avais enfin l'impression de travailler comme un artiste. J'ai écrit le film le plus personnel que je pouvais, sans restrictions, sans tous les critères débiles que nous infligent les producteurs. Je montrais les étapes à Laurent Lucas qui me donnait ses suggestions et on avançait comme ça, au feeling.  

Vous ne pensez pas que parfois ça a du bon de devoir convaincre les autres. Un auteur n'a pas toujours raison. 

Ce n'est pas une question d'avoir raison, mais de pouvoir s'exprimer vraiment. Sauf si on parle d'un scénario de commande, mais dans ce cas on parle d'autre chose. Quand un scénario n'est plus qu'une série d'arguments à l'épreuve des balles, ce n'est plus une œuvre susceptible d'interpeler le public, c'est juste un produit. 

Je ne sais plus qui disait qu'une œuvre d'art respire par ses défauts. 

Oui c'est tout à fait ça, l'obsession du scénario sans défauts est une lubie de producteurs qui fait beaucoup de mal à la création, le résultat est semblable à la chirurgie esthétique, pour supprimer un défaut sur un visage le chirurgien massacre les expressions de la personne. Avec Igor Rizzi j'ai voulu connaître une fois dans ma vie cette expérience de pouvoir m'exprimer dans un film sans avoir à me soumettre au système. Car quand on travaille dans la perceptive de convaincre un tiers, qui plus est mal intentionné, on cesse d'être un créateur, on devient un faiseur, on calcule, on soupèse, on cherche à être habile c'est tout. Et puis si les producteurs et les distributeurs avaient raison, il n'y aurait que des succès et on en est très loin, ils font vivre l'enfer aux auteurs pour quel résultat, une majorité de bides! Il faut bien comprendre que les décideurs dans les compagnies de films savent que s'ils se plantent avec un produit formaté on ne les blâmera pas pour ça, par contre s'ils prennent un risque artistique et qu'ils se plantent alors là ils se font virer, voilà en quoi consiste l'équation.

Quelle était la somme que vous aviez mis pour produire le film? 

J'avais une épargne de 50.000 $, dont une partie provenait des droits d'auteur de mes courts-métrages qui étaient passés à la télé.  

C'était une somme importante sur le plan personnel, mais très modeste pour financer un long-métrage. 

Il était convenu que personne ne serait payée, donc si on enlevait les salaires, avec 50.000$ nous avions tout de même de quoi faire. Je m'étais souvenu de la phrase de Coppola qui disait qu’avec 50.000 $ à soi on fait autant de choses qu'avec 500.000 $ qui vient des autres. Effectivement je l'ai vérifié, avec cette petite somme on a fait des miracles, car il n'y a eu aucun gâchis.  

Vous n’aviez pas la crainte d’être à cours d’argent pendant le tournage. 

Non, jamais. Au moment où le tournage a commencé j’avais réuni toutes les ressources utiles, caméra, matériel, nourriture… Acteurs et techniciens compris, nous étions presque une vingtaine sur le tournage pendant un mois, il y avait une personne par poste et chacun avait ce qu’il lui fallait pour fonctionner. J’étais monté en première ligne pour obtenir des deals favorables avec le labo, l’achat de la pellicule, le matériel, etc… Et puis au même moment j’avais fait la connaissance de Fouad Sassi, un Français qui venait de s’installer à Montréal et qui était passionné de cinéma, son aide a été cruciale pour moi, on formait un tandem très solide pour préparer le film, sans le soutien de Fouad je ne suis pas certain que j’aurais réussi cette aventure.

Vous comptiez aller jusqu’au bout sans aucun soutien extérieur? 

Non bien sûr, je savais que je ne pourrais pas financer la postproduction, surtout avec une finition en 35 mm. Il fallait donc que le film soit assez réussi pour qu'on entraîne un coproducteur après la phase de montage. 

Et c'est ce qui s'est passé. 

Oui avec Atopia, la compagnie de production et de distribution de Pascal Maeder que j’avais connu grâce au réalisateur Denis Côté. Après avoir vu le film sur un DVD, il m'a rapidement donné son accord pour s'associer avec moi en postproduction, mon pari était gagné.

Il prenait un risque. 

Oui bien sûr, même s’il savait déjà que le film était sélectionné à Toronto. Et puis bien vite on a eu le festival de Venise. Le soutien de Pascal Maeder a été déterminant, ainsi que son savoir-faire car je m'y connaissais moins au niveau de la postproduction que de la phase de tournage.

Aviez-vous retrouvé votre argent? 

Oui exactement la somme que j'avais investi, mais je n'en ai pas gagné. Sauf que j'ai pu faire un  film ! ...Et ça m'a permis de me lancer car depuis j'en ai fait deux autres. 

Quel conseil donneriez-vous à un réalisateur qui voudrait autoproduire son film? 

Je lui dirais: "As-tu accumulé suffisamment de dégoût du système pour faire les choses par toi-même, sinon attends encore un peu !". 

Vous aviez peu d'argent et pourtant vous aviez réussi à tourner en 35mm. 

Oui, je tenais absolument à tourner en pellicule. Le film que j'avais en tête n'aurait eu aucun impact en numérique. Et puis en 2006, c'était encore la préhistoire pour ce qui était des caméras HD, l'image était moche, ça aurait été un désastre si je n'avais pas tourné en pellicule. La poésie des paysages enneigés existe grâce au rendu magnifique du 35mm, je n'ai aucun doute là-dessus. 

Vous aviez fait venir votre directeur photo de France. 

Oui, Christophe Debraize-Bois, il avait déjà fait la photo sur trois de mes courts-métrages, il était très doué, et en plus un excellent cadreur. J’avais une confiance totale en lui et dans sa capacité à faire l’image naturelle que je souhaitais, sobre, sans fioritures. Pour lui aussi c'était son premier long-métrage, d'ailleurs pour l'ensemble des membres de l'équipe il s'agissait de leur premier long-métrage, y compris l'ingénieur du son Louis Piché qui jusque-là était perchman. Personne n'était payée, mais chacun a eu sa chance, je veux parler des techniciens car les acteurs eux avaient tous l'expérience du long-métrage. 

Justement, Laurent Lucas, Pierre-Luc Brillant, Isabelle Blais et Emmanuel Bilodeau, pour un petit film sans budget, comment aviez-vous réussi à convaincre de tels acteurs?

Je pense qu'ils ont aimé la nature du projet, ils ont senti que j'étais inspiré et puis le 35 mm les rassurait, ils se disaient que je les entraînais dans une vraie aventure cinématographique.

À l'époque, vous êtiez le premier au Québec à faire un film en solo sans l'argent des institutions gouvernementales. 

Oui c'était très atypique, depuis le principe s'est répandu, je pense que j'ai eu une petite influence dans ce domaine. 

Revenons à l'image, vous accordez une grande importance à la sobriété.  

Oui, je déteste les images esthétisées, je trouve ça cheap et vulgaire, et immature aussi. Et puis je pense que quand on trafique l’image c’est qu’on ne parle pas avec ses sentiments, on cherche juste à en mettre plein la vue.

Vous aviez tourné avec une caméra plutôt ancienne je crois? 

Oui une vieille Arriflex BL4, une antiquité qui était très lourde et qui faisait un bruit infernal. On devait la camoufler sous des couches de couvertures ou des blousons pour ne pas l’entendre ronronner dans les micros. C’était surtout un problème en intérieur car à l’extérieur le bruit de la caméra se fondait dans le bruit ambiant. 

Heureusement l’essentiel du film était en extérieur.

Oui, mais c’était quand même un inconvénient et le loueur avait fini par nous concéder pour le même tarif une caméra plus récente qui était beaucoup plus silencieuse. L’équipe avait vécu cette amélioration comme un soulagement! 

Et comment la caméra avait-t-elle supporté le grand froid? 

Très bien, le mécanisme était très graissé pour tenir le choc du -30°C, par contre la caméra numérique utilisé pour le making of, elle, a planté, et je suis sûr que si on avait tourné en HD on aurait vécu un cauchemar dans de telles conditions de froid. En fait le souci majeur était la condensation sur les objectifs quand on passait de l’extérieur à l’intérieur, car le contraste de température produisait de la buée sur la lentille. On devait parfois attendre presque deux heures pour tourner à nouveau, le temps que la condensation s’en aille complètement, du coup on avait aménagé le plan de tournage en fonction de cette contrainte.

Vu la nature du projet, j’imagine que n’aviez pas dû consommer beaucoup de pellicule. 

Non pas beaucoup, 35.000 pieds, soit environ 7 heures de rushes, ce qui était très raisonnable. Mais comme nous tournions des plans-séquences assez longs, nous devions être certains que chaque plan serait parfait de bout en bout, donc nous tournions à deux ou trois prises en moyenne pour nous couvrir. 

Aviez-vous un combo? 

Non je n’avais pas de retour vidéo, je n’en avais ni les moyens ni l’envie. Je me souviens avoir dit que nous allions tourner ce film comme si nous étions en 1975. Je n’ai pas ressenti le besoin de voir les images au fur et à mesure, on avait les rushes tous les jours et très vite je n’ai plus eu envie de les regarder, car je voulais rester dans l’expérience du tournage, je ne voulais pas mélanger les différentes étapes, car les rushes racontent déjà quelque chose qui dépasse la réalité du tournage. J’avais besoin de garder cette ambiance extraordinaire que je ressentais pendant qu’on tournait, je ne voulais pas fausser cette perceptive, nous marchions sur un fil et j’en étais ravi, je crois même que toute la richesse du film repose sur le fait d’avoir tenu à distance la technologie pour privilégier l’expérience humaine.

Vous n’aviez donc eu aucun dépassement, aucun moment critique? 

Non, car j’avais tout fait pour l’éviter, en calibrant la production au dollar près selon les besoins de la réalisation. Je n’avais écrit que des scènes que je savais pouvoir tourner, et la chance a été avec nous car nous aurions pu déraper sur une situation imprévue. Je pense franchement que si j’avais travaillé avec un producteur je me serais planté, car une telle aventure ne peut fonctionner que si le réalisateur est aux commandes de la production, qu’il gère son propre argent, sans avoir à tout justifier auprès d’un partenaire forcément sceptique devant un tel défi.

Pourquoi aviez-vous envie de raconter l'histoire d'un ancien footballeur déchu? 

En fait les choses ont commencé à partir d'une vision, celle d'un homme solitaire et pathétique qui marche dans la ville enneigée en ressassant son passé et qui promène avec lui un ballon de football comme s'il s'agissait d'un animal de compagnie. Et puis tant qu'à faire je me suis dit "et bien je n'ai qu'à en faire un ancien footballeur", et puis les éléments du personnage me sont venus assez spontanément car j'étais guidé par un sentiment intérieur très fort.

Pourquoi avoir fait un film sur le passé alors que vous veniez de changer de pays et que vous étiez tourné vers le futur? 

Effectivement ça peut sembler étonnant. Mais en fait en immigrant au Québec je laissais derrière moi un pan entier de mon existence, et dans la phase de transition mes émotions étaient à fleur de peau, je ne pourrais plus écrire ce film aujourd'hui. En m’installant à Montréal je devenais un immigré, c’est un sentiment étrange que de se sentir un immigré, j’ai capturé ce sentiment et je l’ai mis dans mon film. On parle souvent de l’immigration sous l’aspect politique ou sociologique, mais il y a un énorme facteur existentiel dans le fait d’immigrer. 

C'est-à-dire? 

Et bien quand on immigre, c'est comme si on changeait de peau, il s’agit d’une expérience philosophique fondamentale, toutes nos valeurs deviennent relatives pour ne pas dire caduques, on s'aperçoit que les individus ne sont que le produit de leur culture, et c'est assez navrant comme constat. Depuis que je vis à Montréal, je me sens un autre, j'ai l'impression de m'être reprogrammé. En me débarrassant de la culture française qui m'envahissait j'ai pris mon envol. Immigrer n'a rien de comparable avec un voyage touristique, car c'est une redéfinition de soi-même. En fait je pense que l'expérience de l'immigration est assez traumatisante, il faut être fort dans sa tête pour être capable de puiser au fond de soi la vraie matière qui nous constitue. Et puis, pour la France c'est comme si j'étais mort, je constate que le pays continue de fonctionner sans moi, ça paraît évident mais quand on en fait l'expérience c'est choquant... 

Sur la trace d'Igor Rizzi est donc un film d'immigrant. 

Oui sans aucun doute. Mais un immigrant qui vient d'arriver, car le film décrit un sentiment transitoire qu'on ne ressent que pendant quelques mois, ce moment unique où on évolue comme un intrus, ou du moins comme un observateur, on n'appartient plus à nulle part, on est en flottement, on se sent vivre comme jamais, toutes les émotions sont démultipliées. Quand j'ai écrit puis réalisé Igor Rizzi, je n'étais pas normal émotionnellement, j'étais déphasé, presque déréglé, et j'avais la crainte que cette sublime sensation ne se retire de moi avant que le film ne soit achevé. 

Vous êtes né à Toronto, comment se fait-il que vous vous sentiez un immigrant au Canada?

C'est assez compliqué, sentimentalement parlant je me sens attaché au Canada, car j'y ai vécu ma petite enfance, mais techniquement j'ai passé tellement d'années en France qu'une part de moi a été fabriqué hors du Canada. Mais si je pousse le raisonnement, je ne me sens ni canadien ni français, j'essaye juste d'être moi-même. Et je dirai que le fait de ne pas se sentir appartenir à un pays m'ouvre les portes de la liberté. Le sentiment d'appartenance à un pays constitue pour beaucoup de gens une limite intellectuelle, pour ne pas dire une limite tout court.

La notion de remords est centrale dans votre film, c'est un sentiment rarement traité au cinéma? 

Oui je voulais écrire un film qui décrive le sentiment du remords, d'ailleurs le scénario était intitulé "Les remords d'un ancien footballeur". Le remords est un sentiment souterrain qui nous ronge et contre lequel nous sommes assez impuissants. Le remords a si peu avoir avec la matière qu'il en est mystique. On espère le chasser avec des idées mais le remords ne se laisse pas convaincre par un discours.

Les remords peuvent nous gâcher la vie. 

Oui, et parfois on donnerait tout pour retourner dans le passé et corriger notre attitude pour empêcher un remords de prendre racine. 

C'était un défi de mettre ce sentiment en images.

Oui et je pense que j'y suis parvenu car je n'étais pas dans le calcul, j'ai évité d'intellectualiser ce sentiment, je me suis contenté de le glisser lentement dans le récit, l'aspect littéraire de la voix-off m'a été utile pour y parvenir. 

Justement, cette voix-off est traitée avec originalité, elle est en parfait décalage avec l'action qu'on voit à l'image. 

Il y a deux niveaux qui cohabitent simultanément dans le film, le passé qui accable le personnage et le présent qui est une lutte du personnage pour survivre matériellement, mais je crois que nous sommes nombreux à vivre sur ces deux dimensions, notre cœur est dans le passé et notre cerveau s'occupe du présent.

Il n'y a pas de futur dans le film, le personnage semble soudé au présent. 

Oui, je suis content que vous l'ayez remarqué. J'ai totalement aboli la notion de futur, ce qui se passera dans l'avenir n'a aucune espèce d'importance, car tant que le personnage n'aura pas réglé son problème de remords, il demeurera une ombre qui se promène dans la ville. 

Un critique avait dit à l'époque de sa sortie que le film était ennuyeux à mourir, qu'on y voyait Laurent Lucas marchant dans la neige pendant 1h30. 

Oui, c'est une façon de voir les choses ! Il n'y a aucun argument à opposer à ce critique car c'est une affaire avec lui-même et sa façon de ressentir l'existence. 

Vous admettez que le film est lent, très contemplatif et que certains peuvent s'ennuyer en le regardant. 

Contemplatif, c'est le terme. Je ne peux pas convaincre des gens qui sont concrets et pour qui le sentiment de flottement n'existe pas. J'ai fait un film contemplatif, la frontière avec l'ennui n'est pas très éloignée, je le reconnais, mais ce qui fait la différence c'est ce qui se passe sous les apparences. L'intérêt de la vie est toujours invisible. Les choses les plus fortes ne se voient pas, elles se ressentent. 

Faire un film contemplatif aujourd'hui, c'est un sacré pari. 

J'ai fait le film en 2006 et depuis les choses se sont même aggravées... Je n'ai pas fait ce film en pensant au public, je n'ai pas cherché à divertir les spectateurs, ni à plaire à des producteurs. Je ne savais même pas si ce film serait un jour projeté dans un cinéma. Je l'ai fait c'est tout. Je l'ai fait pour répondre à un besoin pressant d'exprimer ce que j'avais sur le cœur à ce moment précis de ma vie.

Sur le plan visuel, vous aviez développé un langage très personnel. Vous enchaîniez les plans d'ensemble filmés en longs plans-séquences. Il y a environ 200 plans seulement dans le film. 

180 précisément, c'est un chiffre que j'ai découvert à la fin du montage. Chaque plan respirait pour lui-même. Je laissais se déployer chaque scène dans son intégralité, sans précipiter les choses, car le moindre artifice aurait détruit la sincérité de ce que j'avais à dire. 

Les gros plans se comptent sur les doigts de la main. 

Oui, j'ai utilisé les gros plans comme des bornes pour soulager le spectateur. Quand un gros plan surgit, il agit comme une outrance, on le remarque, il est presque impudique. 

Laurent Lucas est l'acteur idéal pour ce type d'exercice minimaliste. 

Oui, Laurent est magnifique dans ce rôle. Il apporte toutes les nuances dont on a besoin. Il est capable de tenir un plan pendant presque deux minutes sans faiblir au jeu, en gardant toujours sa finesse. C'est un virtuose de la sobriété. Il est capable de faire beaucoup avec très peu de matériel scénaristique, car il vit les scènes, il leur donne sa vraie densité, avec un dosage parfait.

 Il se dégage de son personnage une tristesse. 

J'adore la tristesse, c'est le plus beau sentiment que je connaisse, c'est un sentiment noble, profond, riche intérieurement. Il y a toujours de la beauté dans la tristesse car elle ne peut fonctionner qu'avec la sincérité.

Comment aviez fait pour que le personnage apparaisse touchant alors qu'il s'apprête à tuer un homme pour de l'argent? 

Un personnage rempli de remords est forcément touchant. Mais le mérite revient à Laurent Lucas, car il a cette aptitude rare chez les acteurs de pouvoir exprimer de la sympathie tout en menant une action condamnable. Dans mon dernier film Le Militaire, dans lequel il joue aussi, son jeu opère de la même façon, alors que tout plaide contre son personnage, il parvient à le rendre humain et émouvant. Il y arrive car il ne cherche pas à se rendre attachant, il ne racole jamais, il garde une distance pudique qui finit toujours par émouvoir le spectateur. Laurent Lucas fait confiance au montage pour construire une notion ou une émotion, il ne commet pas l'erreur de tout donner dans chaque scène. Quand je suis au montage je suis saisi de découvrir la mécanique de son jeu, j'assemble les plans et le personnage se dessine sous mes yeux, c'est éblouissant, la marque d'un grand acteur. 

Jusque-là vous n'aviez réalisé que des courts-métrages, quelle était votre expérience avec les acteurs avant d'aborder ce premier long-métrage? 

Sur mon premier court-métrage After-Shave, avec Sacha Bourdo, j'avais fait jouer les acteurs de façon caricaturale car je n'avais pas encore compris les nuances du jeu. Je ne savais pas encore que ce qu'on voit sur le plateau sera amplifié aux rushes et amplifié encore dans le montage. Sur mes courts-métrages suivants j'avais tellement peur que les acteurs en fassent trop que je les empêchais de jouer ! Entre mon dernier court-métrage Les Siens et Igor Rizzi, j'ai eu cinq ans de réflexion, j'ai eu le temps de digérer le travail de mise-en-scène, j'ai lu tous les entretiens de réalisateurs que j'ai pu trouver, j'ai décortiqué chaque film que je regardais. Mais en définitive, je dois beaucoup à Laurent Lucas car il m'a fait comprendre la subtilité du jeu des acteurs, le dosage surtout et la non-intellectualisation des indications.

Précisément, en quoi consistait votre relation avec Laurent Lucas sur le tournage d'Igor Rizzi? 

Très naturelle, dans la continuité de l'énorme travail de préparation que nous avions fait avant le tournage. Laurent m'a donné tout son temps avant et pendant le tournage, on se voyait tous les jours avec Pierre-Luc Brillant et mon assistant réalisateur Fouad Sassi. On a fait beaucoup de répétitions en décors réels pendant les deux mois précédents le tournage. Cette période préparatoire a été capitale car je filmais les répétitions avec la fonction vidéo de mon Nikon et je les analysais le soir. Presque la totalité du film avait été tournée en vidéo. Cette méthode m'a permis d'affiner le scénario, de le réduire à sa plus simple expression. Cette période m'avait aussi permis d'absorber le jeu de Laurent Lucas, d'être à l'écoute de ses conseils et de ses suggestions. Au premier jour de tournage, j'étais dans un excellent état de préparation, je savais vraiment où j'allais.

Vous répétiez en décors réels, c'était un vrai luxe. 

Oui, en fait c'était une affaire de copains. On prenait plaisir à se retrouver sur les décors et à répéter. J'avais passé l'automne à sillonner la ville pour repérer les décors, et au début de l'hiver on s'y est mis. Pendant le tournage on était si bien préparés qu'on finissait souvent le planning vers 15 heures et que j'avais du temps pour créer des scènes supplémentaires, comme celle de Laurent juché au sommet d'un arbre, un plan magnifique qui enrichit la fin du film.

La vieille Oldsmobile caractérise très bien le personnage. 

Oui, elle datait de 1981, je l'avais acheté pour le film et j'avais dû la faire réparer. Je l'avais choisi car elle était bleue comme la glace et s'harmonisait parfaitement avec le décor enneigé. C'était la voiture parfaite pour ce personnage décalé de la réalité. On a fait toutes les répétitions avec, elle nous donnait le feeling dont nous avions besoin pour nous imprégner de l'histoire et du personnage. 

Parlons du montage, on ne monte pas un film constitué de plans-séquences de la même manière qu'un film où les scènes sont découpées en plusieurs plans. 

Le montage est le montage, quelque soit la nature des plans, car l'objectif est toujours le même, raconter une histoire de la manière la plus intéressante possible, en lui donnant le rythme nécessaire, et en maintenant toujours en éveil l'intérêt du spectateur. Denis Parrot, le monteur, avait d'abord assemblé les plans dans l'ordre du scénario et on avait un film d'environ deux heures, un film assez ennuyeux, c'était beau visuellement mais lassant. En général les plans qu'on avait tourné étaient intéressants en eux-mêmes, mais il a fallu traquer toutes les redondances, car il ne fallait surtout pas nous répéter. Au bout du compte, on a supprimé un quart des scènes et le film a pu trouver son rythme et sa fluidité.

À la fin du premier montage, vous aviez organisé une projection test pour quelques spectateurs et ils ont tous fait la même critique. 

Oui, je n'avais pas assisté à cette projection pour que les personnes se sentent à l'aise. Quand Denis Parrot m'a transmis leur critique, ça m'a fait un choc. Ils disaient tous que les scènes avec Isabelle Blais étaient trop concrètes, qu'elles brisaient le charme et le mystère du personnage, que ça empêchait le film d'être émouvant. En fait, ils ne voulaient pas voir le personnage de la défunte Mélanie, ils voulaient qu'elle reste une évocation poétique. 

 Vous trouviez qu'ils avaient raison? 

Oui, mais c'était dur à encaisser, j'avais eu la chance de filmer des scènes magnifiques avec Isabelle Blais, une actrice que j'adore, et je devais admettre qu'en l'état les scènes avec elle desservaient le film. On a beaucoup gambergé avec Denis et on a eu la bonne idée de retenir le seul plan onirique qu'on avait avec Isabelle Blais et Laurent Lucas, c'est-à-dire un plan de nuit où ils s'embrassent avec derrière eux les lumières de la ville. On a découpé ce plan en plusieurs morceaux et on l'a disséminé tout au long du film jusqu'à garder le dernier bout pour la fin du film. 

Effectivement ça marche très bien.

C'est l'innovation majeure qui n'était pas dans le scénario et que le montage a apporté. C'était aussi une belle ironie de constater que ce film presque dogmatique au niveau de l'affirmation du plan-séquence devait céder devant la nécessité de découper la scène par laquelle l'émotion du film allait advenir !

L'intrigue est assez mince, l'intérêt du film repose sur cet unique personnage d'ex-footballeur. 

L'intrigue est mince mais réelle, va-t-il ou non retrouver cet italo-russe nommé Igor Rizzi et le tuer pour honorer son contrat? Je voulais que l'intrigue soit épurée pour ne pas que ça prenne le dessus sur la description du personnage.

On ne peut pas s'empêcher de penser qu'il ne tuera pas Igor Rizzi.
C'est la preuve que le personnage est empathique pour le spectateur, en fait on ne veut pas qu'il le tue, on espère qu'il va se redresser et retrouver le droit chemin.
  
C'est très moral dans le fond. 

Absolument. Je crois fermement que le bonheur est impossible si on viole les principes de la morale. Et quand on entrave la morale on sait qu'on va le payer mais on ne peut pas s'en empêcher, car le besoin de satisfaire nos intérêts à court terme ou de vivre des expériences l'emportent souvent sur notre recherche du bonheur, et dans un sens tant mieux car c'est ce qui fait la complexité de la nature humaine. 

Il y a beaucoup d'humour dans le film, on sent l'influence des frères Coen, il y a même une ressemblance avec Fargo. 

Vous dîtes ça à cause de la neige ! Dans mon film la neige est vraie alors que dans Fargo ils ont dû tricher car, durant l'hiver où ils ont tourné, la neige refusait de tomber dans le Minnesota! Pour être sérieux, j'adore les frères Coen mais je n'ai pas cherché à m'en inspirer, à moins que j'en sois imprégné malgré moi, ce que je veux bien admettre. D'ailleurs aujourd'hui, on ne peut plus faire de l'humour dans un film sans chasser sur les terres des Coen, ils ont marqué le territoire du comique pour longtemps... Dans Igor Rizzi, je m'amuse avec le côté minable des personnages, la part de ridicule qu'on a tous en nous, tous ces petits détails mesquins qui nous encombrent.

Oui mais vous ne provoquez pas un rire franc, il est teinté de malaise, on ne sait jamais si l'on doit rire ou pas...

 ...C'est parce que le comique survient par inadvertance, rien n'est amené ou codifié pour faire rire.    

Vous n'aviez donc pas cherché à faire rire? 

Non, pas de façon calculée, et il en est de même dans les films que j'ai fait ensuite. Je sais seulement que si je fais émerger une vérité, très souvent elle comportera un élément comique, car c'est l'essence même d'une vérité que de contenir une part de drame et une part de comique, mais je ne cherche surtout pas à travailler le comique. 

Vous semblez vous méfier de la comédie. 

C'est exactement ça ! Je donne toujours la priorité au drame, si l'humour passe tant mieux mais ce n'est pas mon but ultime, mon but ultime c'est de transmettre mon sentiment de la vie. J'aime provoquer le rire mais de façon accidentelle, je ne travaillerai jamais un effet comique. Quand j'écris je me méfie toujours de la comédie car on a vite fait d'être artificiel pour provoquer le rire. D'ailleurs le scénario d'Igor Rizzi ne contenait aucun détails comiques, c'est au moment de la réalisation que certains traits comiques sont apparus. 

Laurent Lucas, sous ses dehors sérieux, peut être très drôle. 

Oui je suis bien d'accord ! Et plus il est sérieux plus il fait rire. Sur mes tournages avec lui j'ai toujours un pull à portée de la main pour étouffer mes rires pendant les prises. Quand je suis au montage je ris beaucoup en voyant Laurent Lucas, il a une façon unique de glisser dans son jeu dramatique des nuances comiques imperceptibles. 

La chanson de Bobby Vinton "Sealed With a Kiss" ponctue l'histoire en lui donnant sa charge émotionnelle. 

Cette chanson est très romantique, très nostalgique, presque naïve, elle m'a servi de repère, elle était le but vers lequel je devais tendre, elle m'a permis de faire un final optimiste et en même temps triste, sans quoi le film aurait été vain, j'aime montrer qu'un personnage en souffrance peut s'en sortir par la force de sa volonté.

Sur cette chanson, les derniers plans du film forment une histoire en elle-même. 

Oui, nous avons monté les dernières minutes comme un bloc, une sorte d'allégorie qui nous fait sentir la puissance des sentiments.
                                                                                                    
Sélectionné à la Semaine de la Critique à Venise, le film avait ensuite été primé au festival de Toronto. Comment expliquez-vous cet accueil favorable? 

Je n'ai pas d'explication, je peux simplement dire que c'est un film qui respire la sincérité et que sa poésie a touché la plupart des gens. Mais j'avais été agréablement surpris par ce bon accueil, car Igor Rizzi est un film existentiel et intemporel, ce qui ne cadre pas du tout avec la tendance actuelle qui s'intéresse presque exclusivement aux films prétendument engagés.

Vous n'aimez pas le cinéma engagé? 

En fait non, je ne suis pas à l'aise avec cette démarche, car je n'aime pas qu'un film me dise comment je dois penser, ou pire comment il faut penser. Dans les films engagés il y a toujours un moment où on nous assène une leçon. Idéologie et cinéma font rarement bon ménage sur la durée. Je ne pense pas que les plus grands films soient des films engagés, ceux sont les films de sentiments que la postérité retient, mais les sentiments impressionnent moins les faiseurs d'opinions. Et je déplore que tant de films aujourd'hui soient juste une mise en images de l'actualité, c'est triste car je pense que le cinéma vaut mieux que ça, j'aimerais que ce soit davantage un outil d'expression personnelle, quand je regarde un film j'aime qu'on me propose une vision de la vie qui me surprenne et non une illustration consensuelle d'un fait d'actualité ou d'un fait de société, d'autant que le documentaire est plus approprié pour transmettre des messages. 

Le Dictionnaire des Films de Jean Tulard a consacré un article élogieux à votre film. 

Oui, que mon premier film, fait dans les conditions que l'on sait, puisse avoir sa place dans un dictionnaire aussi référencé est sans doute ma plus belle récompense. 

Propos recueillis par William Amos-Dupuis.

samedi 20 août 2011

"A man alone with his thoughts and regrets", LucidMedia, May 18, 2007

Score 4

Noel Mitrani, director of On The Trail Of Igor Rizzi also wrote the film and produced the film, I even suspect that he held the camera at times, and swept the floor when filming had completed. Such commitment to a debut project by Mitrani, is made obvious in a portrait of a man bound by his past in On The Trail Of Igor Rizzi.

Laurent Lucas, an actor making substantial waves in his homeland of France, plays Jean-Marc Thomas, an ex-soccer play whose money has been swindled out of him at the height of his fame. An avalanche of misfortunes fall upon him as he loses the love of his life, and everything he’s worked for, and in a state of grief and disillusionment, travels to Montreal which is the hometown of Melanie (Isabelle Blais), his lost love, in order to be closer to her. Amidst a rolling narrative throughout the film, we see that Jean-Marc did not feel the importance of his relationship with Melanie until it was too late. He must resort to theft in order to survive and ultimately is commissioned to kill a man known as Igor Rizzi.

With a couple interactions between his friend Michel (Pierre-Luc Brilliant), Jean-Marc is often left to his own thoughts and reflections. On The Trail Of Igor Rizzi is an intimate experience of one man’s struggle to overcome grief and live again. Jean-Marc is an unwilling protégé to change, and flips between his thoughts and the necessity of survival, with room for little else in his life. Watching such an unlikely candidate as Jean-Marc uncoil is like enjoying a good meal, and savouring every bite.

This film isn’t all sadness though, as it has a delightful and shocking humour to it that may not have you rolling in the seats, but will relieve those elements of tension in the film. Jean-Marc is a first time assassin and his inexperience on the subject makes for many humorous pockets within the film. Interactions between Jean-Marc and Michel are witty and comfortable; they seem both friends and enemies at the same time, with a notable performance by Brilliant. It is the moments when Jean-Marc is alone, in his empty and almost abandoned house, that are the most intriguing; a man alone with his thoughts and regrets.

Jean-Marc appears to be surrounded by death: the loss of Melanie, a hit on Igor Rizzi, and a random connection to a murder, reveals the script’s complex meditations on death. A few unique twists make the film compelling enough to watch to its logical conclusion. As a viewer, you feel so much empathy for Jean-Marc and his unrequited love for Melanie that you almost put a blind eye to his unsavoury life now.

Shot in Montreal in the dead of winter, another character to the film is the landscape. The cold, snow-laden landscape is an ideal symbolic backdrop for Jean-Marc’s emotions. The landscape is cold and bitter and I had more tea than usual while watching this film, but the scenery seems perfectly suited for the purpose of the story. Jean-Marc appears isolated and frozen within a highly populated space; he seems to be in a city, but continually on its borders. This is a compelling character portrait, gently unfolded by both Noel Mitrani’s vision and Laurent Lucas’s acting.

On The Trail of Igor Rizzi was featured at the Venice and Toronto Film Festivals and even awarded the prize for Best Canadian Feature Film, an award Mitrani has earned. This is a film definitely worth seeing; it has a theatrical release of late January 2007, but also keep an eye out for when it can be purchased on DVD.

By Kindah Mardam Bey
http://www.lucidforge.com/reviewsblog/16-film/317-on-the-trail-of-igor-rizzi-sur-la-trace-digor-rizzi.html

"Absurd situations and characters", Windsor film festival, April 5, 2007

Twelve years after his star has faded, Jean-Marc Thomas (Laurent Lucas) is a destitute, former pro soccer player who, when he's not engaged in his new career of petty crime, spends most of his time walking the snowy streets of Montreal with his ball in tow. Heartbroken over the death of his lost love and haunted by the regret of never having told her his true feelings, Jean-Marc has moved from his native France to her hometown in an effort to recapture some of her presence.

Living an unglamorous life in an empty house, Jean-Marc, who no longer looks like a star athlete, has entered the criminal underworld in order to pay the bills. But his life continues to spiral downward to the point where he accepts a job as a hit man, even though he's never used a gun.

Sur la trace d'Igor Rizzi steers clear of the predictable and continually surprises us with absurd situations and characters, such as an unusually helpful homeless man who can often be found in the back seat of Jean-Marc's jalopy. Jean-Marc and his inept partner, Michel (Pierre-Luc Brillant), are so adept at bungling their burglary jobs that they get scared away from one score by a pack of crying children. One day, when answering the door to his house, Jean-Marc finds an injured woman lying at his doorstep. Noticing a man watching suspiciously from the other side of the street, he goes so far as to chase after him, not thinking of the potential consequences that these actions might unleash.

Noël Mitrani's astonishingly assured, deadpan comic debut features a tentative mood and alienated characters reminiscent of the simple, unadorned work of independent rebel filmmaker Aki Kaurismäki. The film's spare, lean style, minimal dialogue and underplayed performances signal a major talent worth watching.

By Stacey Donen
https://windsorfilmfestival.com/wiff2007/films_2007_sur-la-trace-digor-rizzi.html

"A striking little film", Metro Toronto, February 01, 2007

On The Trail Of Igor Rizzi
**** (out of 5)

Noël Mitrani’s odd little movie On the Trail of Igor Rizzi made a lot of friends at last year’s Toronto International Film Festival, when it played under its original French title, Sur La Trace d’Igor Rizzi; tonight, it begins a week’s run at the Royal Cinema, and it’s likely to make a lot more.

On The Trail Of Igor Rizzi stars the French actor Laurent Lucas as the mopey Jean-Marc, a washed-up French soccer star now living in Montreal. Mourning a dead girlfriend, he’s taken up residence in her home town, the better to stay connected to her memory.

Unfortunately, he’s also broke, so he’s drifted into a life of petty crime. But then, his luck turns: A man offers him $15,000 to kill some guy named Igor Rizzi.

And, despite having absolutely no idea how to kill people, he accepts.

What happens after that is best left unspoiled, so I’ll leave it at this: — On The Trail Of Igor Rizzi is a striking little film, one that works both as bone-dry comedy and as a moving study of profound grief, and Lucas’ performance manages to incorporate both tones at once.

By Norman Wilner

http://www.metronews.ca/toronto/scene/article/13067--on-the-trail-of-igor-rizzi-is-a-striking-little-film

vendredi 19 août 2011

"A black comedy", The New York Times

A melancholy athlete trades football for a new life as a hit man in this black comedy. Jean-Marc Thomas (Laurent Lucas) was once a reasonably successful professional soccer player, but after his career took a tailspin Thomas's girlfriend committed suicide, which sent him into a deep depression. Thomas moved to his late girlfriend's hometown of Montreal, and twelve years later has left sports behind for a career as a small-time criminal, though he still insists on carrying his soccer ball with him most of the time. While Thomas and his partner Michel (Pierre-Luc Brilliant) have barely mastered the art of knocking over doughnut shops and empty houses, a low-level crime boss has approached Thomas and asked him to consider becoming a hired killer. Thomas reluctantly agrees even though he has no idea of how to use a gun, and begins trailing his first target through Montreal in mid-winter. Sur La Trace d'Igor Rizzi (aka On The Trail of Igor Rizzi) was the first feature film from Toronto-based writer and director Noel Mitrani.

By Mark Deming
http://movies.nytimes.com/movie/358895/Sur-La-Trace-D-Igor-Rizzi/overview

"The tale of a small-time thief", straight.com, April 12, 2007

Although he was born in Toronto, both of filmmaker Noel Mitrani's parents were French, and he was educated in that country. This probably explains why On the Trail of Igor Rizzi, his minimalist first feature, is more beholden to the austerity of Robert Bresson and the Dardenne brothers, Luc and Jean-Pierre, than it is to, say, the falsely chaotic randomness of Jim Jarmusch. Although he now lives and works in Quebec, Mitrani's sensibility remains distinctly European.

This background story is very much present in On the Trail of Igor Rizzi, the tale of a small-time thief (Laurent Lucas) who is offered $15,000 to whack a reprehensible "Russian-Italian" (the eponymous Rizzi). In a previous life, Jean-Marc Thomas had been a French soccer superstar who never got the chance to tell his Québécois girlfriend (Isabelle Blais) how much he really loved her. Nowadays, bankrupt, he spends most of his time kicking a soccer ball through the snow-bound vacant lots of downtown Montreal–the actors' visible breath proving this to be one of the few Canadian features set in winter that was actually shot in that camera-unfriendly season–and swigging coffee from abandoned cups. His house might be spotless, but it has virtually no furniture. Fifteen thousand dollars would really make a difference to Jean-Marc's impoverished lifestyle.

Only gradually does the viewer realize that he or she is watching a morality play, and a rather conventional one at that. Still, there are enough incidental pleasures along the way (some extremely clever sequence shots and the nonstop war of words between Lucas's continental French and the joual-inflected voices that buffet him on every side) to make this film's rather slow pace more than just endurable.

By Mark Harris

http://www.straight.com/article-84611/on-the-trail-of-igor-rizzi

"A minimalist drama", Toronto Sun, sept. 2006

PLOT: An ex-pro soccer player, down and out in Montreal, reminisces about the romantic tragedy that led him there and ponders accepting a contract killing — a job that would take him from the ranks of petty criminal to the real thing.

Exciting things have happened in the life of Jean-Marc Thomas (Laurent Lucas). Unfortunately, few of them are on-screen in the movie On The Trail Of Igor Rizzi.

Jean-Marc was a star European soccer player, he travelled in luxury, had his choice of beautiful women (but only loved one), the media hung on his words.

All this is explained in narrative only and doesn’t seem especially real. But this is a first-time feature by a young Canadian director with the usual budget of a handful of toonies. (The movie’s priciest prop is Jean-Marc’s 1981 Olds Cutlass, which doubles as shelter for an eccentric homeless person).

For that reason, Noel Mitrani’s On The Trail Of Igor Rizzi is minimalist by necessity, if not by design. An often-silent (but narration heavy) 90-minute snapshot of a flashpoint in a man’s life, Igor Rizzi resembles nothing so much as a Jim Jarmusch movie, with its emotionless, dreamlike torpor and dry, absurdist moments. This stylistic self-confidence was enough to earn the director a Best Canadian First Feature nod at last year’s Toronto International Film Festival.

When we meet Jean-Marc and his partner-in-crime Michel, they are truly the gang that couldn’t shoot straight. They’ve burgled a Montreal home where the adults are gone but scared children have been left alone. They make off with loot, and then discover that Jean-Marc’s wallet is missing — necessitating a return to the scene of the crime.

Alone in the barewalls desolation of a seedy Montreal neighbourhood, Jean-Marc begins telling his story in voiceover, how he was the toast of Europe, a great young soccer player, who fell in love with a girl from Montreal named Melanie (Isabelle Blais).

She’s a character we see as if in a dream in languid shots on a balcony. Young, narcissistic and thoughtless, Jean-Marc took his love for granted, leading to a tragic end.

And so we find him in Montreal, to where he fled to embrace something of Melanie’s spirit.

Of course, this is what Jean-Marc tells us. We have nothing except his word, those images of Melanie and a soccer ball he walks around with as circumstantial evidence of his glorious (and too-expensive-to-film) past.

Montreal’s ugliest industrial face — in the literal dead of winter — is on offer here, metaphor for Jean-Marc’s desolation. It is against this backdrop that Michel brokers an offer by a local low-life to kill a man named Igor Rizzi. Jean-Marc’s acceptance of the job is so half-hearted (and he is so obviously new to killing) that in real life no self-respecting mobster would hire him. But he’s hired nonetheless.

As he agonizes over the ramifications of graduating from petty thief to murderer, a random incident ups the ante (one of two glaring examples of deus ex machina in the movie, the other being the ending). A beat-up young woman shows up at his doorstep, and after letting her in, Jean-Marc chases the apparent assaulter. He comes up empty, and returning home, discovers she’s dead.

Opting not to phone the cops, he now has a body to dispose of before he’s even killed anybody. Soon there is another menacing character entering his life, and the decision to kill Igor Rizzi becomes even more complicated. (The title character barely registers in the events of this movie and is not even a speaking part.)

On The Trail Of Igor Rizzi has its charms and is well shot, but one can’t help but wonder what sort of movie it might have been if its protagonist’s past was as realized as the rest of it.

BOTTOM LINE: Exciting things happen in Jean-Marc’s life. But for budgetary reasons, none happen on-screen. What’s left is a flashpoint, presented — a la Jim Jarmusch — with dream-like torpor and absurdist moments. I like the sensibility more than the movie, though first-time director Mitrani shows a knack for framing a snowy picture.

By JIM SLOTEK
http://jam.canoe.ca/Movies/Reviews/O/On_The_Trail_Of_Igor_Rizzi/2007/02/02/3506524.html